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Liberté numérique et violences invisibles : comprendre, prévenir et protéger

Sam 29 Nov 2025 : Jour 5 – Campagne des 16 jours d’activisme

Violences numériques dans les foyers béninois

Le numérique occupe désormais une place centrale dans le quotidien des Béninois : communication, travail, commerce, éducation, vie sociale… Les écrans sont devenus des portes d’entrée vers le monde.

Mais pour de nombreuses femmes et filles, ces portes débouchent aussi sur un espace de contrôle, de restriction et parfois de violence.

Surveillance du téléphone, limitation de l’accès aux réseaux, chantage numérique, piratage, partage non consenti d’images… Ces violences en ligne reproduisent, et parfois amplifient, les dominations déjà présentes dans la vie réelle.

Cet article revient sur trois réalités encore trop répandues dans les foyers béninois :

  • La surveillance du téléphone et du numérique dans le couple
  • La restriction ou confiscation de l’espace numérique personnel
  • Le consentement en ligne, un droit fondamental trop souvent ignoré

1. Surveillance numérique dans le couple : quand l’amour devient contrôle

Dans de nombreux foyers au Bénin, la surveillance du téléphone est devenue une pratique banalisée :

  • exiger les mots de passe ;
  • fouiller les messages ;
  • lire les conversations privées ;
  • surveiller les appels, statuts et notifications.

Ces comportements sont parfois présentés comme une preuve d’amour ou de transparence… mais ils représentent en réalité une forme de contrôle, et donc une violence psychologique.

Surveillance du téléphone dans le couple

🎯 Pourquoi c’est un problème ?

  • cela installe un climat de méfiance et de peur ;
  • la personne surveillée perd sa liberté numérique ;
  • le couple bascule dans un rapport de force ;
  • la vie privée disparaît, alors qu’elle est un droit fondamental.

Dans une relation saine, l’intimité personnelle n’est jamais négociable. Le téléphone n’est pas “un bien du couple”, encore moins un outil de surveillance.

📍 L’amour ne justifie jamais l’espionnage. La confiance se construit en respectant, pas en fouillant.

2. Limitation ou confiscation de l’espace numérique : une violence encore banalisée

Dans plusieurs communes du Bénin, des femmes n’ont pas la liberté de :

  • posséder leur propre téléphone ;
  • créer un compte Facebook ;
  • publier librement ;
  • rejoindre un groupe WhatsApp ;
  • interagir sans justification ;
  • conserver leurs contacts.

On leur demande de “ne pas trop poster”, de “ne pas s’exposer”, et dans certains foyers, leur téléphone est carrément confisqué.

Restriction numérique des femmes

🎯 Pourquoi c’est une violence ?

Parce que limiter l’accès d’une femme à Internet, c’est limiter son :

  • expression ;
  • autonomie ;
  • apprentissage ;
  • réseau social ;
  • accès à l’information ;
  • opportunités professionnelles.

📍 La liberté numérique fait partie des droits fondamentaux. Aucune femme ne doit être réduite au silence, en ligne ou hors ligne.

3. Le consentement en ligne : un droit qui disparaît trop facilement

Derrière un écran, beaucoup pensent que tout devient permis : enregistrer, publier, partager… Mais le consentement ne disparaît jamais.

  • partage non consenti de photos ;
  • publication d’images privées ;
  • diffusion “pour se venger” ;
  • partage de messages intimes ;
  • menaces d’exposition.
Consentement numérique au Bénin

🎯 Pourquoi c’est grave ?

Publier une image sans accord, ce n’est pas un acte banal : c’est une violence qui touche l’intimité, brise la confiance et peut laisser des blessures profondes. Certaines victimes n’osent plus sortir, changent de numéro ou quittent les réseaux sociaux.

📍 Le respect ne s’arrête pas en ligne. Partager sans consentement, c’est agresser.

⚠ Un phénomène bien réel au Bénin : chiffres et contexte

Entre 2019 et 2024, plus de 100 000 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés au Bénin. Les violences psychologiques — insultes, menaces, harcèlement, chantage — sont les plus fréquentes.

Avec l’essor des réseaux sociaux, les violences numériques s’ajoutent désormais : cyberharcèlement, surveillance, espionnage, diffusion non consentie, sextorsion…

Ce sont des violences invisibles, mais dévastatrices.

💪 Où trouver de l’aide au Bénin ?

📞 1. Institut National de la Femme (INF)

  • Numéro vert : 114
  • WhatsApp assistance : 01 51 07 88 88
  • Présent sur tout le territoire, écoute, orientation, accompagnement.

🛡 2. Guichets Uniques de Protection Sociale (GUPS)

Disponibles dans chaque commune, accueil, soutien et orientation juridique.

💬 3. AMP BENIN — Section VBG & droits des femmes

  • Sensibilisation numérique
  • Accompagnement des victimes
  • Orientation vers les structures compétentes
  • Actions communautaires et campagnes nationales

🤝 4. Autres associations engagées

Des OSC locales, centres communautaires, collectifs de jeunes et ONG spécialisées œuvrent dans les quartiers, villages et arrondissements.

👉 aucune victime n’est seule. L’aide existe.

Conclusion : Derrière chaque écran, une vie

Les violences numériques sont devenues une réalité quotidienne au Bénin. Qu’il s’agisse de surveillance du téléphone, de limitation de l’espace numérique ou de partage non consenti d’images, ces pratiques ne sont pas normales : ce sont des violences.

Construire un Internet sûr demande de l’éducation numérique, du respect, de la vigilance, de la solidarité et un véritable engagement collectif.

Derrière chaque écran, il y a une vie. Respectons-la. Protégeons-la. Écoutons-la.