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Quand le numérique devient un outil de contrôle : violences basées sur le genre au Bénin à l’ère digitale

Dim 30 Nov 2025 : Jour 6 – Campagne des 16 jours d’activisme

Violences basées sur le genre à l’ère numérique

Au Bénin, les violences basées sur le genre (VBG) demeurent un défi majeur touchant des milliers de femmes et de filles. Selon les données de l’Observatoire de la Femme, de la Famille et de l’Enfant (OFFE), via le système Sidoffe-NG, plus de 94 001 cas ont été recensés entre 2020 et 2023. Parmi ces victimes, 86,17 % sont des femmes et des filles.

Et au-delà des violences physiques, sexuelles ou économiques, un nouveau terrain se développe rapidement : le numérique comme espace de contrôle, de surveillance et d’oppression silencieuse.

1. Quand les violences basées sur le genre prennent une forme numérique

Les violences numériques sont aujourd’hui une réalité : contrôle des téléphones, restriction d’accès à Internet, censure des publications, surveillance excessive, harcèlement en ligne… Ce sont des violences moins visibles, mais tout aussi destructrices.

Violences numériques et contrôle social

Ces formes de violence ont un impact profond sur :

  • la liberté d’expression ;
  • l’accès à l’information ;
  • la dignité et l’autonomie ;
  • la santé mentale et sociale.

Le numérique, censé libérer, devient un moyen d’enfermer.

2. Trois réalités concrètes vécues par les femmes au Bénin

a) Criminalisation sociale de l’expression féminine

Dans certains foyers, lorsqu’une femme publie ou s’exprime sur Internet, elle est jugée, surveillée ou menacée. L’usage du téléphone devient suspect. C’est une forme de violence morale et de contrôle social.

b) « Une femme mariée n’a rien à faire sur Internet »

Ce préjugé persistant prive certaines femmes de leur liberté numérique. L’accès aux réseaux sociaux est vu comme un acte de rébellion, ce qui constitue une violence symbolique et une entrave à leur autonomie.

c) Attaques sexistes après rupture ou divorce

Après une séparation, de nombreuses femmes subissent insultes, menaces, moqueries, campagnes de dénigrement en ligne. La rupture devient un prétexte pour la violence numérique.

Violences post-rupture et cyberharcèlement

Ces violences sont moins visibles, mais elles isolent, détruisent la confiance, et peuvent mener à une véritable détresse psychologique.

3. Chiffres clés : pourquoi agir est urgent

  • 90,9 % des victimes de VBG sont des femmes (2019–2022).
  • Les violences psychologiques et morales représentent 47,06 % des cas.
  • Le nombre de cas de VBG continue d’augmenter entre 2022 et 2024.

Le numérique accélère les violences lorsque les mentalités stagnent. Les femmes paient le prix d’un système encore profondément inégalitaire.

4. Pourquoi agir — et vite

Agir, c’est :

  • préserver la dignité et la liberté numérique de chaque femme ;
  • empêcher la normalisation des violences psychologiques et morales ;
  • sensibiliser les communautés et briser les stéréotypes ;
  • mettre en place des mécanismes de protection et d’écoute ;
  • développer une culture numérique respectueuse et responsable.

5. Actions concrètes à engager

Voici ce que chacun·e peut faire :

  • Organisations : campagnes, cellules d’écoute, assistance aux victimes.
  • Communautés et familles : déconstruire les préjugés, encourager la liberté numérique.
  • État et institutions : renforcer les lois, faciliter l’accès à la justice.
  • Individus : soutenir, signaler, éduquer, sensibiliser.

Conclusion : pour un Bénin numérique libre et respectueux

Le numérique ne doit jamais devenir un instrument d’oppression. Chaque femme doit pouvoir accéder librement à Internet, aux réseaux sociaux, et à l’expression publique — sans contrôle, sans peur, sans honte.

Ne fermons pas les réseaux. Ouvrons les esprits.